— Et, poursuivit-il, cette manœuvre de femme adultère, le soir même de ses noces, — cela est, à tes yeux, un pauvre indice ? cela ne révèle pas une perversité redoutable ?

— Ce n’est pas ce que tu dis, fit Albert prenant malgré lui le ton calme de Paul. Ce n’est pas un crime irréparable. Elle a eu peur, sottement, follement, — ce qui était bien naturel. Elle avait lu de méchants livres, soit ; elle a eu la pensée brusque, involontaire, de cet expédient romanesque… Elles font de ces choses-là à leurs maîtresses de pension, les petites filles. Elles ont tort, mais ça ne se punit pas avec le malheur de toute une vie !

Le comte Paul eut, de nouveau, un éclat :

— Je ne trouverai donc pas de paroles pour te convaincre ! pour te sauver d’elle, entends-tu ? — Car cela seul m’importe, te sauver d’elle !… Non ! et mon impuissance m’épouvante pour toi !… Elle a su me devancer, te raconter, la première, notre horrible nuit de noces… Mais l’attitude, le regard, la voix qu’elle avait, voilà ce qu’elle ne t’a pas raconté, ce qu’elle ne t’a pas révélé, ce que je ne peux pas te rendre, et ce sont mes preuves à moi !

— Des mots ! des mots, tout cela ! fit Albert tristement en secouant la tête…

Puis, avec une certaine violence :

— La réalité simple, les faits positifs, c’est que ta métaphysique la tue ! Elle gémit, elle se tord dans un enfer…

A mesure qu’il parlait d’elle, quelque chose en lui s’exaspérait, qui était son impuissant désir, tourné en rage…

— Tu perds cette âme, Paul, poursuivit-il, d’un ton où il entrait déjà de la menace : et il faut lui pardonner, comme je lui pardonne !… Ou si tu dois être son bourreau…

Le comte Paul leva la tête et regarda Albert fixement. Dans cette attitude de défi, l’exaltation d’Albert trouva l’excitation suprême…