— Si tu dois être son bourreau, entends-tu ! eh bien !…
Il lança l’irréparable menace :
— Je la reprendrai ! oui ! fût-ce en te l’arrachant !
Paul à son tour secoua tristement la tête…
— En attendant, dit-il d’un ton calme, il faudra cesser de nous voir. C’est tout indiqué. Ce n’est pas ma volonté, c’est la nécessité qui parle. Tu ne la verras plus. Il le faut… ou plutôt nous nous verrons seulement aux jours où nos familles se réunissent. Nous devons cacher cette horrible querelle à nos mères, à nos sœurs, aux chères femmes que nous aimons de la seule affection véritable. Il ne faut pas que deux familles d’honnêtes gens soient malheureuses — pour une (… il sourit)… pour si peu de chose, corrigea-t-il.
Heureusement Albert n’avait pas compris.
Paul saisit son chapeau.
— Sortons ensemble, allons, viens, dit-il. Le grand air est bon…
Et mettant son bras sous celui d’Albert, et le poussant tout doucement vers la porte, il lui parlait bas, disant :
— Tu comprends, une seule pensée me guide : il ne faut pas qu’elle vienne à bout de notre amitié. Et, tu vois, elle a déjà commencé à la détruire. C’est commencé. Nous nous sommes querellés… Allons, donne-moi ta main… Adieu… A bientôt, chez toi ; nous irons tous ; à bientôt…