Et, dans la rue, serrant la main d’Albert étonné, presque décontenancé, il lui dit d’un ton ferme, comme s’il lui faisait la plus heureuse et la plus sûre des promesses, ratifiée par cette poignée de main :
— Je te sauverai !
— Sauve-la, elle, de toi ! répliqua Albert sombre, devenu furieux.
Paul, qui avait fait un pas pour le quitter, revint sur lui :
— Quant à tes fonctions de sauveur de femme, dit-il durement, elles n’ont plus à s’exercer auprès de moi, — jamais, tu entends ? Je te défends, à l’avenir, de me parler d’elle. Garde ta douleur. J’ai assez de la mienne… Bonsoir !
Ils se quittèrent avec la tristesse, pleine de remords, de deux frères qui, tout en s’adorant, combattent dans des camps ennemis.
Paul avait une course à faire. Il la fit à pied, parce qu’il voulait réfléchir sagement, avant de parler à sa femme. Et comme il devait aller dîner en ville ce soir-là, avec elle, il rentra s’habiller, comptant bien avoir, avant le dîner même, une explication décisive au sujet d’Albert. Il songeait : « Où en sont-ils ? »
VII
De son côté, la mère de Paul avait résolu de venir causer à fond, avec son fils, de ses inquiétudes et des rêves d’Annette, dont Pauline avait cru devoir lui dire un mot.
La comtesse, ayant traversé le salon, trouva la porte du cabinet de son fils entr’ouverte. Elle frappa, n’entendit aucune réponse, souleva la portière, regarda, ne vit personne, entra.