Elle sonna.
— Monsieur est-il sorti ? demanda-t-elle au domestique qui accourut.
— Je n’ai pas vu sortir Monsieur. Il est certainement dans la maison.
Paul, n’ayant pas prévu sa sortie lorsqu’il avait reconduit Albert, n’avait averti personne.
— C’est bien.
La bonne dame prit un livre, s’installa dans une chaise longue, le dos au jour…, et s’endormit doucement, son livre ouvert sur ses genoux, et ses lunettes sur son livre.
Elle crut rêver de querelles, de disputes.
Ses sommeils n’étaient jamais bons. Son pauvre cœur souffrait. Les angoisses que donnent les maladies de cœur aggravaient ses soucis, les lui rendaient plus noirs, empiraient de visions morbides les tristes réalités.
Elle rêva que son fils et sa belle-fille se querellaient âprement. Ce n’est pas la première fois qu’elle avait ce cauchemar. Et ce qui l’effrayait le plus, c’était de voir le visage de Marie, en ces rêves, prendre une expression affreuse, que rien ne peut dire. Cette image ressemblait à la vraie figure de la jeune femme, — mais en mauvais. On eût dit le masque d’une puissance surnaturellement malfaisante… Sous cette apparence de visage humain, quelque chose de démoniaque s’agitait, voulait, flambait, visible surtout par les trous brillants et sombres des deux yeux.
Elle s’éveilla avec un cri étouffé… La nuit était donc venue ?… Elle se réveillait dans l’obscurité. Seulement, la draperie qui masquait l’ouverture de la porte était encadrée d’une ligne lumineuse…