Eh ! non, grand Dieu ! elle ne rêvait plus… C’est bien réellement qu’elle entendait deux voix en querelle, la chère voix de son fils, grave, haute et ferme, — la voix de la jeune femme, contenue, insinuante, souple, puis sèche et sifflante parfois… « Ah ! mon Dieu ! mon Dieu ! »
Elle voulut se lever. Elle ne put. Un engourdissement l’avait prise. Elle dormait et rêvait sans doute ? Elle entendait pourtant ! Elle ne parvenait pas à ouvrir les yeux… Rêvait-elle encore ? Oh ! non… Et pourquoi ne pas écouter ? Rêve ou réalité, si elle allait apprendre le secret du malheur pressenti, — si, avant de mourir, elle pouvait aider son fils, — au moins d’une parole, — et le sauver !
C’était bien un réel dialogue qu’elle entendait, là, derrière cette portière…
Paul disait :
— Je vous ai nommé l’autre jour, madame, l’ami dont l’affection m’est plus chère que tout, après l’amour de ma mère. Eh bien ! cet homme vous avait aimée avant même mon mariage ; il vous aime encore — et, vous le savez !… et, malgré mes ordres, — vous l’encouragez !
— Vous m’insultez tous les jours, répondait plaintivement la jeune comtesse… A qui ferons-nous croire, comme vous le voulez, que nous sommes heureux ? Comment voulez-vous que je soutienne cette comédie, si le souvenir de vos duretés quotidiennes me met même hors d’état de la jouer, cette comédie du bonheur… Votre mère, Paul, devinera tout, à la fin !… A quoi bon, alors, ce supplice de tous les jours ?
La pauvre mère avait enfin ouvert tout grands ses yeux. Non, non ! elle ne rêvait pas ! Soulevée sur sa chaise longue, appuyée sur un coude, la tête inclinée, elle buvait avidement les paroles fatales…
La voix de Marie poursuivait :
— Vous accusez toujours des intentions, ce qu’il y a de plus insaisissable… Mais vous ne m’écoutez, vous ne m’interrogez jamais…
Il y eut un silence. La voix de Paul ne répondait pas…