Il réfléchissait, il voulait entendre, il voulait juger définitivement, apprendre à fond les projets de cette âme de ruse, pour les déjouer… Il se rassemblait.
La pauvre mère écoutait, haletante. Son cœur battait à rompre. Les silences lui étaient plus pénibles que les plus affreuses paroles, parce qu’elle les interprétait. Elle croyait voir les visages des deux malheureux. Et elle donnait à Rita la figure qu’elle lui voyait en songe, — sa vraie figure peut-être !
La voix de Marie reprit :
— Même si je suis coupable, ma faute n’est pas telle que vous ne puissiez, que vous ne deviez la pardonner, l’oublier, me rendre à moi-même, me sauver enfin !… Pourquoi me fermer la voie du rachat ? Dieu lui-même est plus indulgent… Oh ! si votre mère savait tout !…
La vieille comtesse, à ce mot, sentit redoubler les battements de son cœur.
— Croyez-vous, poursuivait Marie, que sa grande et belle âme vous conseillerait la vengeance ? Car c’est de la vengeance, ne le savez-vous pas ?
A ce moment, un valet entrait au salon. La mère de Paul entendit un bruit de porte… puis, après un mot du valet, la voix de Paul :
— Nous dînerons ici, entendez-vous. Envoyez Baptiste porter cette lettre à l’instant… Et fermez bien la porte en sortant… Qu’on nous laisse. Ne revenez sous aucun prétexte.
Un long silence se fit. La comtesse d’Aiguebelle, anéantie, pleine d’angoisses, attendait. Elle eut envie de profiter de ce moment pour appeler, pour crier : « Assez ! Je suis là, et, quoi qu’il y ait, réconciliez-vous, pardonnez-vous, par pitié pour ma vieillesse !… » Mais à quoi bon ? Et puis, comme si elle eût continué à rêver, elle se sentait impuissante et comme toute enveloppée d’entraves. D’ailleurs, son bon fils avait pensé à elle. Elle était sûre de lui, il ferait tout le possible, pour le mieux… Elle laissa retomber sa tête sur le dossier de sa chaise longue.
Les deux interlocuteurs se taisaient toujours. Paul attendait. Il espérait, en attendant ainsi, après avoir posé son terrible reproche, qu’elle se découvrirait dans sa défense.