Marie eut une finale révolte de tout son orgueil. Ses efforts de soumission inutile l’avaient courbée jusqu’à terre. Comme une flexible tige un instant ramenée au sol, elle se redressa moralement, toute droite, à peine lâchée, dans la vérité de sa nature :

— Ah ! non, vous savez ! J’en ai assez, à la fin ! Votre pardon viendrait, maintenant, que je n’en voudrais plus… Mais si je n’ai pas de mari, alors, qui êtes-vous, — vous ? De quel droit me parlez-vous de ce ton ?… Je ne vous connais pas…

Elle faillit dire : « mon bonhomme ! » mais ravala le mot.

— Ah ! j’ai un amant, dites-vous, ou je vais en avoir un ? Ce n’est pas vrai, là ! Mais, comme je suis fille et libre, il serait, ma foi, temps d’y penser… Ce qu’on s’embête dans cette maison, non, c’est à mourir !… Ah ! j’ai un amant ?… Ne serait-ce pas vous plutôt qui avez ou qui allez avoir une maîtresse…

Elle accentua d’un ton veule :

— La sœur de l’ami… votre Pauline !

D’une voix sourde, Paul, indigné, comme au soir de son mariage, et tout pâle, gronda :

— Enfin ! elle se montre ! La voilà, la vraie !… Fille ! Ah ! oui, fille ! Tu t’es nommée toi-même ! Tu te crois peut-être sincère. Mais qu’en sais-je ? Et que sais-tu de toi-même ? Sais-tu où prendre ton vrai désir dans le chaos de tes visions désordonnées ? Ce que tu veux certainement, c’est la fortune, le moyen de tous les plaisirs… Quant aux amants, — si tu n’avances pas, c’est que je te tiens enfermée dans ma volonté. J’ai cloué toutes les portes. Tu ne m’échapperas pas !

Il se rapprocha d’elle, les yeux ardents. Elle eut un peu peur. Un délicieux frisson la secoua. Elle songeait machinalement : « Va donc ! »

Et il allait :