— Mes enfants… bénis !
Et cette nuit-là, l’abbé disait à Marie :
— Allez prier devant la morte, ma pauvre enfant… Je connaissais son âme, moi. Elle vous pardonnera. C’était une âme d’amour, une âme de Dieu !
CINQUIÈME PARTIE
I
Ce qui se passa, durant cette nuit de veillée funèbre, dans l’esprit de Rita, elle seule en connut l’horreur.
Ce fut après qu’on eut arrangé la morte, bien soigneusement, sur son lit blanc, couvert de fleurs, après que ses enfants, Paul et Annette, assistés de Pauline, l’eurent embrassée encore, — que l’abbé, sur la prière de Paul, alla chercher la jeune femme. Paul avait pris à part son vieux maître, une minute, dans l’embrasure d’une croisée, et l’avait, d’un mot, mis au courant, achevant ainsi son explication :
— Il faut à présent qu’elle paraisse, qu’elle s’agenouille devant ce lit, que les serviteurs la voient parmi nous… Il faut aussi, — n’est-ce pas, l’abbé ? — qu’elle se débatte avec sa conscience, devant cette morte… Qui sait ?… La mort mystérieuse sera peut-être sur elle plus puissante que la vie.
Alors, le prêtre était allé appeler cette femme qui marchait, — il le croyait maintenant, — précédée et suivie d’une force étrange de destruction.
Déjà, dans la solitude de sa chambre, la malheureuse souffrait. Elle sentait, dans le secret de son cœur endurci, comme un effort singulier pour s’attendrir, qui lui était affreusement douloureux, car la transformation ne s’opérait pas. Elle ne pouvait pas aimer. Elle ne pouvait pas avoir pitié de ces enfants dont elle entendait parfois, à quelques pas d’elle, la plainte étouffée. Elle ne savait pas comment on est bon. Mais elle revoyait la face de la mourante, ses yeux tout grands ouverts ; elle entendait encore ce mot méprisant venir à elle du fond de l’agonie : « Sortez, vous, — parce que je vais mourir… » Ce mot voulait-il dire qu’elle était indigne d’assister à cette chose de mystère, plus sacrée que la vie : la mort ? Assurément. Et elle frémissait, dans une épouvante, se sentait maudite, retrouvait des terreurs d’enfance au souvenir des peines éternelles…