Elle mit dans les mains de son frère sa douce main confiante. Il prit cette main, il prit aussi l’autre. Il les regarda toutes les deux, et songea aux mains de sa mère, pareilles, petites, nerveuses, mais déjà flétries, et toutes tremblantes au moment de sa mort. Dans une indicible émotion, il couvrit de baisers les deux mains de la jeune fille.
Elle le regardait, un peu étonnée, les lui abandonnant dans une pose de divine enfance.
— Je viens de penser, dit-il, que tes deux petites mains ressemblent à celles de maman. Je les reconnaîtrais, tes mains, sans te voir… Oui, ce sont les siennes.
— Ah ! dit-elle, avec deux brillants de larmes au coin des yeux.
— Et, à présent que tu sais combien je t’aime, Nanette, — voici. Il faut me quitter… Oh ! ne t’effraie pas… il faut aller au couvent.
— Si tu le veux, dit-elle, mais j’ai tant besoin de toi… et…
— Et ?
— Et de Pauline !
Il sourit encore.
— C’est pour mieux te la rendre, dit-il. Je ne peux pas t’expliquer… ou plutôt… pourquoi pas ? Vois-tu, je ne sais pas si je réussirai, mais je veux qu’un jour mon cher Albert — puisque tu l’aimes — soit ton mari… Et pour cela, tu dois me quitter quelque temps. Tu n’as plus la protection de ta mère, et tant qu’il n’est pas ton fiancé, il ne doit pas te revoir, précisément parce que tu l’aimes.