— Tu me rappelles Rachel.
Elle n’y prit pas garde, tant elle était sincère à ce moment. Une fureur sourde la secouait, une envie terrible d’action, de batailles, de représailles et de mort… Oh ! disparaître avec tout, avec tous, dans un cataclysme final !… Elle regardait droit devant elle, dans le vide, avec des yeux clairs et froids comme l’acier.
Pinchard haussa les épaules.
— Toi ! toi ! tu serais, toi, de ceux qui veulent détruire le monde, et fumer des cigarettes sur les décombres ? fit-il d’un ton goguenard. Tu peux causer, ma fille ! Je n’y crois pas.
Elle s’assit, un peu calmée par cette raillerie, déjà prête à sourire de sa violence, à se rattacher aux joies terrestres que n’avait pas cessé de lui promettre l’avenir inconnu.
— Ça n’est pas précisément ce que tu dis, mon bon Théramène… Je voudrais la fin du monde pour moi, — pour finir avec !
— Ah ! je comprends. Tu veux de la compagnie ? Rien que tout le monde ! Excusez du peu, ma fille !
Il ne la croyait pas. Elle disait vrai, pourtant.
S’il y a des êtres de pitié et de tendresse qui se résignent avec horreur à l’idée d’employer la violence et la mort, pour assurer, espèrent-ils, le triomphe final de la tendresse et de la pitié, — il y a aussi des âmes damnées qui appellent l’enfer pour tout le monde.
Après un silence d’un moment, Pinchard reprit :