— Je ne plaisante pas, dit-elle… Ah ! je voudrais être un homme !

Elle serra les dents.

— Tiens ! ça me fait plaisir de le dire enfin à quelqu’un : Ils ont raison, ceux-là ! Et ils trouveront de l’appui auprès de gens sur lesquels ils ne comptent guère.

— Auprès de qui ? questionna machinalement Théramène abasourdi.

— Auprès de moi, par exemple !

— Tu veux rire. Ça n’est pas drôle. Je ne comprends pas !

— Tu ne comprends pas, Théramène ?

Elle eut comme une volonté rageuse de faire contre elle-même de la justice mauvaise :

— Vois-tu, dit-elle, il y a, dans tous les mondes, des gens qui détestent les autres et qui se font horreur à eux-mêmes ; des gens que le suicide attire, parce qu’ils ont assez de tout… Eh bien ! ceux-là, en crevant, ça ne leur serait pas désagréable de faire une dernière fois le plus de mal possible à ceux qui les ont rendus mauvais et qui les ont faits malheureux… Voilà. Je te dis que la vie est pleine de gens qui voudraient bien sauter, à condition de faire sauter le monde… Ils n’ont pas le courage d’allumer la mèche… Mais peut-être bien qu’ils donneraient le sac.

Pinchard regardait Rita, et ne la reconnaissait plus. Il pensait qu’elle aurait été superbe dans la tragédie, et il laissa échapper ces quatre mots :