— Bien… je le savais. Mais pourquoi, reprit le comte d’un air sévère, pourquoi laissez-vous votre maîtresse descendre de voiture pour jeter elle-même des lettres à la boîte ? Je passais par là ; vous ne m’avez pas vu. Qu’est-ce que cette étourderie inqualifiable ?
— Monsieur me pardonnera, répondit le valet pris au piège. Madame la comtesse ne m’a pas permis…
— En ce cas, c’est différent, dit le comte souriant… Pardonnez-moi, Monsieur Jean, ajouta-t-il avec une grâce à laquelle ses domestiques étaient habitués, et pour laquelle il était aimé d’eux.
Puis avec intention :
— Et n’oubliez pas qu’il faut, en effet, quand votre maîtresse donne un ordre, fût-il opposé aux miens, lui obéir aveuglément… Allez.
Toute cette campagne de ruses semblait devoir réussir.
Le mardi était justement le jour où le comte, depuis quelque temps, assistait à une clinique où l’on soignait gratuitement des malades pauvres… La comtesse le savait bien ; il avait même pris soin de le lui rappeler d’un mot.
Elle aurait donc, suivant toute apparence, choisi ce jour qu’on lui indiquait, précisément comme celui où, de son côté, elle était sûre d’être seule.
Quant à se servir de la lettre anonyme pour dessiller les yeux d’Albert, Paul y avait songé un moment, mais il y avait renoncé bien vite. « Cette lettre n’a pas la valeur d’une preuve. Au point où il en est, il lui faut bien autre chose ! Soit… Nous arriverons chez elle quand le jeune homme s’y trouvera. Et de deux choses l’une : ou elle le fera cacher, ou elle le laissera paraître. Dans le premier cas, l’affaire est simple. Dans le second, — je leur raconterai comment j’ai surpris le secret de leur rendez-vous ; je leur dirai tout ce que j’ai deviné, et ils seront bien malins tous deux, si l’un ou l’autre ne finit pas par trahir la vérité… »
Le mardi, après son déjeuner, Paul sortit comme à l’ordinaire :