Albert, d’un élan, arriva dans la voiture. Il était pâle :
— Que se passe-t-il ? Tu te bats ?… Ah ! mon Dieu ! que j’ai eu peur ! Voyons, que faut-il faire ?
Il lui avait pris les deux bras dans ses deux mains et le regardait dans les yeux, pour voir si on ne lui cachait rien de trop redoutable.
— Je te dirai… tout à l’heure.
On roulait.
Chacun d’eux, heureux de revoir l’ami dont le séparait, depuis quelques semaines, un motif si redoutable, — éprouvait une émotion profonde. Albert eût été gêné, presque honteux, sans le trouble extrême où le mettait la crainte du péril annoncé. Paul était simplement attendri de voir le trouble de son frère d’élection. Et il le regardait avec un admirable sourire.
Albert, très agité, disait :
— En péril ? Je ne comprends pas. Quels ennemis peux-tu avoir, toi, toi, le meilleur des êtres ? Avec ton élévation d’esprit, ta bonté, — personne n’a le droit de te haïr, de t’attaquer… Enfin, je suis là. Nous allons bien voir… Où me mènes-tu ?
Paul lui prit la main en silence, puis tout à coup, sans pouvoir dire un mot, il l’attira sur son cœur.
— Tu me fais mourir, lui dit Albert en lui rendant cette étreinte. Pour l’amour de Dieu, qu’est-ce qui te menace ?