Elle tressaillit. Il lui sembla que le temps des calculs était à tout jamais passé. Ils l’avaient d’ailleurs trompée, tous ses beaux calculs. Elle eut l’impression qu’elle était dans une minute fatidique, espérée de toute éternité, stupidement ajournée parce qu’il lui avait plu d’attendre autre chose… Mais l’expérience était accomplie maintenant et manquée. Soit. Le retour de Léon, c’était la fin d’une destinée, le commencement d’une autre. Elle rentrait dans la vie naturelle, avec celui-ci, — qui était son pareil.
— C’est toi, toi seul, que j’ai toujours aimé, lui répondit-elle.
Sa voix, à elle aussi, avait un son grave. Ils se rencontraient dans des profondeurs, et leurs voix retentissaient autrement, à leur oreille comme dans leur cœur ; elles prenaient quelque chose du mystère d’en-dessous.
Il sentit qu’elle était à lui. Il l’embrassa dans une longue étreinte. Pour la première fois de sa vie, elle sentit qu’elle s’abandonnait. Elle trouva cela délicieux, — au moins de nouveauté.
Lui, en pleine jeunesse, sentit jaillir, gronder et rouler en lui un grand torrent de désirs longtemps contenus… Vivre est bon, — mais revivre ! Et il revivait. Il oubliait tout le reste. Il prenait de sa force une conscience nouvelle. Pour elle, pour leur amour, pour s’assurer à jamais le recommencement de cette ivresse, de ce bonheur d’oubli, il était de taille à conquérir le monde perdu.
— Alors, fit-il, partons !
Il comprenait que s’il la laissait ici, on ne lui permettrait plus jamais de la revoir ; tout s’y opposerait. Il avait bien vu que la porte de cette maison était défendue contre lui. Cette heure unique ne pouvait suffire. Il fallait partir !
— Quand tu voudras, dit-elle. Où me mènes-tu ?
Il la croyait plus grande qu’elle n’était, et il répondit :
— Je ne sais pas. Partons d’abord. Nous verrons après, demain, plus tard.