En même temps, elle avait peur de retourner à la vie pauvre de jadis, ou même à une vie pire, et cela aux côtés d’un déclassé, d’un déshonoré !… Il avait parlé de mort. C’était le meilleur sans doute de ce qu’il pourrait lui offrir ! Mais la mort, en de telles circonstances, c’était la défaite acceptée, avouée ! Vraiment, on pouvait trouver mieux. Albert n’était-il pas toujours par-là ? Mais qu’attendait-il encore ? Sans doute la fin de son deuil. Étrange amoureux, que peuvent arrêter ces prétendues délicatesses !

Ainsi, toute troublée qu’elle fût, — elle réfléchissait, à demi ressaisie par ses habitudes de calcul, de prudence, retenue par son goût du luxe, par son appétit de bien-être, par son égoïsme redoutable.

Quelque chose en elle la poussait vers le malheureux qui attendait. Quelque chose en elle l’éloignait de lui. Elle l’aimait plus que jamais et le reconnaissait pour sien, pour un amant de sa race. Mais était-il raisonnable, était-il possible d’abandonner les moyens qu’elle avait encore de le tirer lui-même de sa détresse ?

— Tu hésites ? dit-il enfin, d’un air sombre où elle sentit la menace.

Elle avait vu dans ses yeux ce regard étrange d’où quelque chose d’humain a été retiré.

— Non ! dit-elle. Je cherche, je combine. Attends. Ce n’est pas tout simple !

— C’est assez, fit-il. Partons. Tu ne peux plus hésiter. Tu es vraiment mienne. C’est notre destin. Il faut le suivre.

— Non ! dit-elle, pas aujourd’hui. Mais écoute : J’ai quelque argent, moi. En veux-tu… pour m’attendre ?

— Je veux toi ! dit-il, farouche. — Tu m’as tout pris ! Eh bien ! tu seras à moi !

— Pas aujourd’hui, répéta-t-elle… Il y a mieux à faire.