Il la regarda d’un air égaré.

— Veux-tu donc, prononça-t-il d’une voix ferme mais changée, que je me tue ici, devant toi ?

Elle comprit qu’il était d’humeur à le faire. Il fallait donc payer. Et pourquoi non ? Ah ! C’était un homme comme elle l’entendait, ce fou armé, capable d’un crime !… Cependant elle ne partirait pas avec lui. Que faire alors ? Son parti était pris. Elle s’approuvait à la fois dans son élan de passion et dans la sagesse de ses calculs. Eh bien ! elle obéirait aux deux appels.

Elle allait, pour sa propre joie, le griser d’elle-même ce malheureux ; et, ensuite, elle le renverrait à la rue, consolé de promesses, étourdi, rendu docile, calmé pour une heure.

Et de deux choses l’une, — ou elle trouverait, sans perdre les avantages de la situation, un moyen de le sauver et de le revoir, ou bien il suivrait seul sa destinée de malheur. Qu’y pouvait-elle ? L’essentiel était d’éviter le bruit, les cris, un horrible scandale. C’est cela ; il fallait avant tout l’apaiser, pour pouvoir l’éloigner. Et elle acceptait très bien l’idée que peut-être le lendemain, réveillé d’un tel songe, il tomberait plus désespéré au déshonneur final, à la folie et à la mort, mais sans elle, — seul !

Ainsi elle arrivait à la plus effroyable conception qui puisse naître dans le cerveau de la Femme : se servir des moyens mystérieux de la vie et de l’immortalité des êtres, — pour faire de la destruction !

Alors, elle se leva, toute frissonnante.

Oui, oui, c’était son heure de connaître la vie, de lui prendre et d’en recevoir une émotion nouvelle, celle qui seule agite et commande le monde. C’était vrai que cet homme-ci, entre tous, l’avait toujours attirée. La destinée le lui livrait enfin en des circonstances qui, à ses yeux de tourmentée, de dégénérée et de chercheuse, prenaient un effrayant caractère de grandeur bizarre, cruelle, redoutée et voulue !

Oui, voilà que, grâce à toutes ces complications des événements, des circonstances enchevêtrées autour d’elle, et des menaces suspendues au-dessus d’elle, — cette minute suprême prenait pour elle l’intensité désirée, rêvée… Elle avait bien fait d’attendre toute cette horreur nuptiale. Cela palpitait donc, la vie ! Cela brûlait donc ! N’était-ce pas tout cela, l’amour, l’amour vrai, l’infernal et divin tourment ?

Elle était debout et elle le regardait ardemment, d’un œil fixe.