— C’est une explication, n’est-ce pas ?

Mais elle était à mille lieues de croire que cette explication eût quelque rapport avec la visite de Léon Terral.

— C’est une explication, en effet, et qui sera brève, dit le comte Paul. J’ai fait prier Monsieur de Barjols de se rendre ici, sans lui annoncer pourquoi. Pourquoi, le voici. Je connais vos sentiments à tous deux, l’un pour l’autre, puisque vous me les avez confiés. Eh bien ! il me semblerait injuste et absurde d’y résister plus longtemps. J’aime Monsieur de Barjols comme un frère. C’est ce qu’il ne faut pas oublier pour s’expliquer ma conduite et comment j’ai pu me résoudre au parti que je prends aujourd’hui. Quant à vous, Madame, je n’ai pas su vous aimer, vous rendre heureuse. Je vous ai mal jugée, tandis qu’il vous juge bien. Je suis, j’en conviendrai avec humilité, un esprit d’exaltation, un peu maladif et visionnaire. Il est, lui, un esprit calme, des plus judicieux. Il est fait pour le mariage.

Ni Albert ni Marie ne surprenaient dans le ton dont il parlait, la moindre nuance d’ironie. Après tout, il était homme, ce philosophe, à conclure ainsi, froidement, ayant mûrement réfléchi cette terrible affaire de passion.

« Ça n’est pas si bête, songea-t-elle, de vouloir ce qu’on ne peut empêcher… Il est malin, le monsieur ! »

Paul continuait, et il était toujours impossible à Albert, comme à Marie, de saisir dans son accent l’ironie désespérée qui était dans son cœur.

— Eh bien ! toute réflexion faite, pourquoi, moi qui ai été sévère contre vous, sans preuves, Madame, ne reconnaîtrais-je pas que je me suis rendu indigne de votre pardon, — et que vos âmes à tous deux sont faites pour s’entendre ? Pourquoi empêcherais-je votre bonheur qu’un moyen légal, — le divorce, — rend si facile ? Pourquoi, Albert, — tenant par-dessus tout à ton amitié et aux affections qui rapprochent nos deux familles, — ferais-je de ton ancien sacrifice et de ton amour, si constant et si touchant, une cause de haine future, une occasion d’irréparables dissentiments ? J’ai réfléchi mûrement à tout cela. Tout à l’heure encore, je t’ai faussement annoncé que j’étais en péril, sûr de te faire ainsi accourir plus vite. J’avais voulu, — tu l’as compris, n’est-ce pas ? — juger à ton émotion si tu étais toujours digne de l’affection profonde, si tendre et si forte, que j’ai pour toi. Eh bien, oui ! tu es digne de tous les sacrifices, toi, qui as su te sacrifier le premier, mon cher Albert !

Albert, décontenancé, croyait faire un rêve absurde.

Il s’étonnait de tout ceci, comme d’une chose invraisemblable à laquelle il ne pouvait trouver aucun sens. Ce qui dominait, dans sa sensation confuse, c’est qu’il ne se trouvait nullement heureux.

Elle, s’impatientait.