Elle commençait à prévoir un brusque retour à l’ironie et à la colère. Elle s’inquiétait enfin pour elle, — et pour le désespéré, pour Léon, enfermé là, derrière cette porte et cette draperie, dans ce cabinet où, peu de temps auparavant, avait agonisé la comtesse d’Aiguebelle.

— J’ai pensé, poursuivait le comte, qu’il était plus digne de tous trois de cesser toute lutte, de mettre fin à des rapports par trop tendus, — en un mot, d’accepter la vie telle qu’elle est, comme une chose absurde que nos volontés ne peuvent modifier. Il est sage de ne pas résister à ce qui est fatal… Nous divorcerons donc. Rien n’est plus facile à trouver qu’un prétexte. Je pourrai, par exemple, Madame, vous écrire une lettre injurieuse. Car, naturellement, le divorce sera demandé par vous, contre moi. Il est essentiel que l’honneur de la femme soit sauf. Ce ne sera que justice, — puisque le vôtre est intact. C’est entendu, n’est-ce pas ? Donc, vous voilà pour ainsi dire fiancés, — autant dire mariés…

Elle l’interrompit :

— Pourquoi nous dire ces choses si solennellement ?… et en assemblée générale ? ajouta-t-elle avec amertume… La vengeance, toujours, n’est-ce pas ?

Albert pensait de même.

— J’ai mes raisons, fit le comte Paul… J’ai tenu à vous bien expliquer ici, à tous deux, qu’à partir de cette seconde, je suis moins encore que jamais, le mari que je n’ai jamais été. Par conséquent, les erreurs de Madame Albert de Barjols ne peuvent plus compromettre que Monsieur de Barjols…

Il s’arrêta un instant avant de conclure.

— Eh bien ! mon cher ami, fit-il enfin d’un ton de malice enjouée, gentiment menaçante : Ta femme te trompe !

Albert bondit.

— Deviens-tu fou, Paul ! Au nom de Dieu, tais-toi !… Si tu m’as fait venir ici pour infliger à la femme que voici, — et que j’aime, en effet, — la dernière des insultes, — celle du dépit d’amour, de la folie, de l’erreur, de la colère impuissante, je ne pourrai pas le souffrir, — car, tu viens de le dire, elle est, — à partir d’aujourd’hui, — ma femme ! et je saurai la défendre, — même chez toi !