Paul reprit froidement :

— On vous a épousé pour votre fortune, Monsieur de Barjols, — comme moi jadis, — et pour votre titre. Je suis fâché que vous ne m’ayez pas obéi lorsqu’il en était temps encore, et que vous vous laissiez convaincre si tard, lorsque, — je suis forcé de le répéter, — votre femme vous trompe !

Albert se sentait devenir fou. Il fit sur lui-même un effort surhumain pour parler avec calme. Mais sa fureur au paroxysme se révélait suffisamment par le sens de ses paroles.

— Je surmonterai ma colère, Monsieur Paul d’Aiguebelle, dit-il avec dignité, parce que l’acte que vous commettez en ce moment — est d’un fou. Je me dominerai, parce que si je vous croyais de sang-froid, il faudrait en venir, — vous entendez ? — à nous entre-tuer !

— Parfaitement, dit Paul, sévère. Cela aussi était prévu… Mais quant à nous battre, mon pauvre ami, termina-t-il d’un ton de pitié tendre, ce serait un duel de frères ! C’est impossible.

Elle était toute droite, devant la porte derrière laquelle il y avait l’autre, le misérable.

Albert fit un pas :

— Je comprends, — dit-il, le visage contracté, — je comprends trop la folie qui te pousse. Mais par pitié ! mon ami, mon frère ! par pitié pour toi et même pour moi, par respect pour notre amitié passée, — en voilà assez, tais-toi !

— Allons, allons ! fit le comte Paul d’une voix changée, se laissant gagner brusquement par une colère houleuse qui le souleva tout entier, corps et âme, comme une lame de fond : Allons, allons ! je vois ce que c’est. Tu acceptes la mort de notre amitié. C’est pour toi chose faite. Tu passerais sur mon corps, n’est-ce pas ? pour aller où veut cette femme ? Tous les retards t’impatientent. Tu brûles de l’emmener, de la prendre malgré moi, comme je l’ai prise malgré ma mère ?

Le souvenir de sa mère morte acheva de le mettre hors de lui. Il cria :