Albert, la tête haute également, blême, supportait le coup en soldat, — et, l’œil fixe, il mesurait l’abîme qu’on venait d’ouvrir devant lui.
— Enfin, dit-elle, que me veut-on ? Vous ne me changerez pas, n’est-ce pas ?… Vous ne me tuerez pas non plus, je pense ?… Ça n’est pas votre genre… Je ne vois pas beaucoup ça dans les journaux de demain : « Le crime de la rue Saint-Dominique. Mort tragique et inexplicable de la comtesse d’Aiguebelle. »… Vous voudrez éviter ça, je m’en doute !
Elle pensait à tout, et elle riait méchamment.
— … Alors, quoi ? Il faut prendre un parti pourtant ! Notez que je n’ai commis réellement aucune faute — et que je suis toujours punie !… C’est même agaçant, à la fin !
Elle avait l’air très ennuyé et nonchalant.
Le comte Paul s’approcha d’Albert et lui mit affectueusement une main sur l’épaule. C’était un geste de consolation.
Ensuite, il alla à la porte de son cabinet, dont il écarta la lourde draperie ; et, le visage tourné vers cette porte, derrière laquelle s’agitait une douleur inconnue :
— Allons, ouvrez !… On sait qui vous êtes, Monsieur Terral !
Le silence qui suivit fut court, mais il fut profond comme la mort.
Ce qui répondit enfin, ce fut un bruit bizarre, qu’on ne comprit pas tout de suite, un coup sec ; mat, comme étouffé… Son revolver lui avait servi… Ne venait-il pas d’apprendre qu’elle s’apprêtait à fuir avec un autre ? Lui aussi, il venait de mesurer l’abîme, mais, déjà pris de vertige, il y avait roulé.