Elle s’inclinait donc, cette fière femme, que nulle douleur morale n’avait pu abattre, et qui, accablée par les pires chagrins, avait enseigné à ses enfants toutes les vertus, toutes les forces de relèvement. Et il avait des révoltes contre cette puissance du temps qui la lui prenait. Il voyait bien qu’elle descendait la pente, qu’elle le quittait, lui, qui était au sommet. Alors, il se sentait venir d’infinis besoins de lui être bon, de lui donner des jours entiers de piété filiale, des jours longs comme des existences. Il aurait voulu pouvoir d’un seul coup la payer de toutes les inquiétudes qu’il lui avait causées, — car il n’avait pas toujours été sage, — la consoler de toutes ses peines, de tout ce qu’elle avait souffert par lui — et surtout par le père. Oh ! ce besoin d’expier les fautes de ce père, qu’était-ce donc, sinon l’appel d’un devoir mystérieux ? Quand il se mettait à souffrir de cette pensée, il se souciait bien de l’amour alors ! il se souciait bien des femmes ! Quelle femme lui serait aussi tendre, aussi dévouée, aussi fidèle que celle-ci ! — Et tout son cœur criait : « maman ! » et il se donnait à elle secrètement, sans retour.

— Annette, ma bonne petite sœur, je n’ose pas demander à maman des nouvelles de sa santé… C’est si bon qu’elle oublie ! Sais-tu comment elle va ?

— Elle va mieux que jamais… Mais il ne faut pas d’émotion. Ce pauvre cœur est si fragile !

— T’a-t-elle parlé de Mademoiselle Déperrier ?

— Non ; et je n’ose pas lui en parler, moi. Et toi ?

— Je crois qu’elle ne l’aime pas encore.

— Cela viendra. — Paul ?

— Annette ?

— As-tu des nouvelles d’Albert ?

— Il vient d’arriver à Singapour ; j’oubliais de te le dire. Pauline ne te l’a donc pas annoncé ?