Elle eut un involontaire petit sursaut de joie triomphante. Il la crut émue.
— Ce mot est une lumière, dit-il. Qui aime comprend. Tout comprendre. Souffrir avec tous. Soulager des douleurs. Y être aidé par un autre soi-même. N’être pas seul, jamais. Sentir, dans l’amour individuel, — la loi même de la solidarité universelle.
— C’est beau ! dit-elle, d’un ton pénétré.
« Au fond, pensait-elle, c’est un pasteur protestant, cet homme ! »
On arrivait. Comme Paul donnait la main à sa mère pour l’aider à descendre de voiture, il dit :
— Mademoiselle Déperrier ne va pas rentrer seule dans cette voiture, à travers cette foule d’aujourd’hui, n’est-ce pas, ma mère ? Ne pourrions-nous pas l’accompagner, Annette et moi ?
La comtesse eut un ineffable sourire. Depuis quelque temps, elle se trouvait bien égoïste de résister au vœu de son fils. L’abbé lui avait dit : « Prenez garde. Examinez bien si votre jugement téméraire contre cette jeune fille ne sert pas un peu votre jalousie maternelle ! » Cette idée lui faisait horreur. Elle voulut couper court d’une manière formelle à ses hésitations ; et, avec ce sourire où se lisaient la joie de l’effort pour le sacrifice, en même temps que la divine confiance :
— Certes, mon cher enfant, il faut l’accompagner, la ramener à sa mère… Et elle ajouta, toujours souriante :
— Mais moi, j’ai besoin d’Annette !
… En permettant cette chose inusitée, elle consacrait tacitement leur amour.