Çà et là Marie plaçait une phrase, apprise dans les livres ou au théâtre, sur les vertus des conditions humbles, sur les énergies que suscite la pauvreté ; et, sans affectation, rarement, mais d’un air convaincu, parlait de Dieu, consolation suprême, — suprême espérance.
Madame d’Aiguebelle, toujours, malgré elle, en observation, se rassura bientôt, s’endormit dans sa confiance en Dieu, et dans l’espérance d’un bonheur bien mérité par son fils. Elle le loua chaque jour davantage, à la grande satisfaction de l’abbé, d’avoir choisi une fille pauvre.
Le comte Paul confia un jour à Marie toutes les émotions, qu’il avait éprouvées depuis leur première rencontre.
— Sans la crainte de n’être pas en parfait accord avec ma mère, je vous aurais, dit-il, avoué beaucoup plus vite mes sentiments.
Il ajouta gentiment :
— Vous aurez toujours une rivale dans mon cœur ; c’est ma mère. Ce ne sera jamais qu’elle. Vous n’en serez pas jalouse, j’espère ?
Il souriait, plein de confiance. Elle lui rendit son sourire, le même, très bien copié, avec une fidélité de miroir. Il lui dit alors et sa tendresse pour la mère adorée, et les inquiétudes que leur donnait à tous cette chère santé…
— Heureusement, avec ces maladies de cœur, on peut vivre très vieux.
— Oui, dit-elle, distraite, on en meurt à cent ans…
Et trahissant aussitôt sa légitime préoccupation :