Ce retour de son propre mépris contre lui-même, c’est bien ce qui l’irrite le plus, ce qui, par-dessus tout, l’exaspère, le rend implacable.

Marie pensait deux choses de la mère de Paul. Premièrement : « Qui sait ce qu’elle a bien pu faire, en sa jeunesse, cette vieille collet monté ? » Deuxièmement : « Je la déteste, parce qu’elle a eu raison de se méfier de moi !… Mais le temps viendra, je pense, où je serai, chez elle, plus maîtresse qu’elle ! »

Elle répondit au comte Paul qu’elle sentait bien qu’aujourd’hui Madame d’Aiguebelle n’avait plus aucune prévention contre elle.

— Vous pouvez en être sûre, ma chère Marie. S’il en était autrement, je ne pourrais pas vous montrer mon amour avec cette joie, avec cet abandon. Ma mère est et restera la grande préoccupation de ma vie. Vous avez l’âme assez haute pour vouloir qu’il en soit ainsi. Et c’est pourquoi je vous aime tant !

Hélas ! il excitait ce cœur aigri à détester ce que, lui, il aimait le plus au monde !

— Que vous êtes heureux d’avoir une telle mère !

— Mais la vôtre ?

Elle soupira.

— N’en parlons pas ! J’ai eu tant à souffrir par elle ! — Elle n’est pas méchante, certes ! Mais elle n’est pas caressante ; elle ne m’a jamais été douce… Elle n’a pas touché à mon cœur d’enfant avec les délicatesses qui font les cœurs de femme vraiment tendres, vraiment bons, vraiment purs de toute mauvaise pensée. Elle m’a inspiré quelquefois de ces rages, de ces colères qui diminuent un caractère… Je ne suis pas aussi bonne que vous le pensez !

C’était vrai, qu’elle avait souffert par sa mère ; mais en le disant, elle pensait à la pitié que cet aveu devait attirer sur elle ; elle apportait une excuse touchante à tel défaut d’éducation qu’avait pu lui reprocher la comtesse ; elle atténuait l’effet que la découverte du caractère de Madame Déperrier devait faire un jour, fatalement, sur son fiancé. Enfin, en révélant à quel point elle avait souffert par elle, elle repoussait toute solidarité avec sa propre mère que, malgré tout, elle couvrait généreusement de sa piété filiale ! Ainsi, sans cesse, des calculs compliqués précédaient et guidaient ses paroles en apparence les plus simples. Aucune spontanéité ne lui était possible.