Berthe, sur ce mot qu’elle prononça pompeusement, exécuta avec ostentation une révérence selon la formule.
Marie voulut voir Pinchard et le fit demander. Il n’avait plus paru depuis quinze jours ou trois semaines. Elle s’en étonnait. Il fit répondre qu’il était malade. Elle alla le voir chez lui.
Elle ne s’expliqua pas quel sentiment la poussait. C’est que, dans ce cœur desséché, tous les bons germes n’étaient pas encore tout à fait morts. Elle avait une inconsciente reconnaissance pour ce pauvre diable. C’était celui qui demandait le moins, autour d’elle. Dans la façon dont elle traitait tous les hommes, il y avait un mépris, certain, du mobile qui les attirait autour d’elle. C’était l’excuse à sa sécheresse de cœur. Tous étaient les intéressés de la galanterie. Elle ne connaissait de l’amour que cet âpre élément : le désir des hommes, tantôt brutal, tantôt insinuant, toujours égoïste. Elle se vengeait. Qui sait ce qu’eût fait d’elle une tendresse vraie, une sollicitude attentive qui aurait veillé sur son enfance ? Son père avait été trop occupé, sa mère lui avait appris à dédaigner le père et à le maltraiter souvent en paroles. A cause de cela même, elle avait méprisé sa mère, tout en lui obéissant. Elle ne s’était attachée à personne. Même son inclination pour Léon Terral était mêlée de révolte. Elle eût voulu le confondre avec les autres et elle y tâchait ; mais quelque chose de plus fort que la vie et que la mort, que la vengeance et la haine, parlait en elle dès qu’elle le nommait. De mystérieuses affinités correspondaient d’elle à lui. Nul n’a jamais su dire les secrets de philtre qui font de l’amour physique lui-même un mystère d’âme.
Quant à ce pauvre Théramène qui, si ingénument, disait : « Déjeunerai-je encore, ma fille ? » il était pareil à ces vieux chiens fidèles qui viennent au maître pour la pâtée d’abord, — c’est entendu, — mais qui, à force d’être reconnaissants parce qu’ils ont été bien nourris, sont capables de quitter le meilleur os de poulet pour suivre leur maître aussi affamé qu’eux. Le vieux Pinchard fut touché aux larmes de la voir arriver chez lui :
— Te voilà, princesse ? Et ton mariage ?
Brièvement, elle lui conta tout. Il frappa dans ses mains, joyeux :
— Paraissez, Navarrois, Maures et Castillans !
Il aurait voulu avoir à la défendre contre quelqu’un. Il avait pris un mauvais rhume. Il toussaillait et déclamait d’une voix rauque. Il était vêtu d’un costume étonnant, noir et pourpre, velours et soie. Il avait une chemise sale avec des manchettes très longues.
— As-tu vu mon palais ? Examine, petite Rita… Quatre murs. Un lit. Tout ce qu’il faut pour crever. Mais, sur les murs, l’art et la gloire ! Contemple-moi ça !
Il y avait sur les murs des journaux illustrés, fixés par quatre épingles, représentant des scènes de théâtre.