— Ça, c’est moi dans Hernani, à la Comédie française, 1869, la grrande reprrise ! Je jouais un des muets, au quatrième acte. J’étais en nègre, comme Kean dans Othello !
— Et ça ?
— Ça, c’est Mounet-Sully dans Hamlet… Il y a une dédicace ; lis donc.
Le grand tragédien avait gentiment écrit une dédicace, au dos de son portrait ; l’aumône d’une miette de considération au pauvre affamé de gloire : A notre vieux camarade Pinchard, Mounet-Sully.
Et, autour des photographies d’acteurs illustres, flottaient quelques rubans flétris, hommages d’un soir que Pinchard avait gardés en souvenir de ses triomphes dans toutes les sous-préfectures.
— Nous ne nous verrons pas de longtemps, mon vieux Théramène. Je quitte Paris… Je suis venue te voir. Tu as toujours été bon pour moi. Tu n’as pas voulu nous quitter, quand je t’ai donné ton congé… Et puis — je ne sais pas — tu me rappelles maman !
Elle ne savait pas, en effet, ce qu’elle éprouvait. Malgré tout, une émotion sourde lui venait au nom de sa mère. Quelque chose d’inutilement bon était au fond de son cœur, comme un germe impuissant mais animé encore. Même quand l’arbre est tout à fait mort, il garde quelquefois, dans ses racines les plus profondes, un désir souterrain, un peu de vie obscure, persistante, qui regrette la belle lumière, et qui l’aime sans effet.
Théramène se répandit en expressions de reconnaissance.
— Ça me fera un gros vide, de ne plus t’avoir à Paris. Enfin, c’est ton bonheur… Tant mieux. Et puis, tu sais, rappelle-toi que tu as un ami, et qu’au besoin, si tu l’appelais, le père Théramène arriverait toujours, comme un bon toutou de berger… C’est dit, hein ?
Il déclama :