— On a souvent besoin d’un plus petit que soi.

Tiens ! c’était vrai, cela. Depuis un instant, elle n’y pensait plus ; mais, au fond, elle était venue lui demander ça. Qui peut prévoir l’avenir ? La vie est si bizarre !

Il voulut l’embrasser. Elle lui tendit ses deux joues, — et quand elle le quitta sur l’étroit palier, elle vit dans ses yeux tout tremblotants, un luisant de larmes qui la troubla. Il lui semblait qu’elle prenait congé, pour toujours, d’un passé où, en somme tout n’avait pas été malheureux. Elle mourait à quelque chose qui avait été sa vie libre, quasiment sincère. Elle entrait dans son avenir, dès aujourd’hui, dans l’inconnu effrayant ; elle entrait, comme masquée, dans un mensonge sans fin. Elle dépouillait sa personne la plus naturelle. La vraie comédie allait commencer et il faudrait jouer tous les jours !… Ah ! tous les cabotins ne sont pas au théâtre !

— Est-ce bête ! voilà que je pleure !… Adieu, père Théramène.

— Bonne chance ! lui dit naïvement le pauvre professeur de diction et de maintien.

Quatre jours plus tard, une lettre d’elle apprenait à la comtesse Louis d’Aiguebelle son intention arrêtée d’aller passer dans un couvent, à Lyon, le temps de son deuil.

« Est-ce que c’est vrai ce que m’annonce madame de Ruynet, lui écrivit Léon Terral, — que vous allez vous marier ? »

Elle lui répondit du couvent : « C’est vrai. »

VII

Elle y était, au couvent. Et même, bien vite, dès le soir de son arrivée, elle fut prise d’une folle envie d’en sortir, d’une haine pleine d’horreur pour les murailles hautes et paisibles du grand parc, pour la blancheur froide des corridors et de sa chambre, pour l’austérité de la chapelle. Mais, qui veut la fin veut les moyens.