Sur la tablette de son petit secrétaire, dont elle porte toujours la mignonne clef sur elle, Marie écrivait à Berthe :

« Chérie,

« Mon mariage est fixé aux premiers jours de septembre. Il aura lieu ici, dans la chapelle du château d’Aiguebelle. Peut-être viendras-tu : Nice et Monaco sont si près !… Que de choses à te conter, j’en étouffe… Ah ! que ce sera bon de bavarder !

« Mille gros baisers.

Marie.

« P.-S. — Dois-je inviter Léon ? Je ne sais que faire. »

Berthe répondit :

« Si j’y serai, ma mignonne ! Je te crois que j’y serai ! Tu vois bien que tout s’est passé selon la formule : couvent, rappel…, et le reste, le reste c’est-à-dire ce que j’imagine, car tu ne m’as pas gâtée : quatre pauvres petits billets en un an ! Moi qui te croyais écrivassière ! Si tu meurs d’envie de tout dire, je meurs d’envie de tout entendre. Bonjour, chérie, je tourne court. Mon aimable époux s’impatiente. Nous dînons en ville et c’est attelé. Ce qu’il est toujours plus embêtant, mon homme, tu n’en as pas d’idée ! Et pourtant je le laisse libre : qu’est-ce qu’il faut donc faire pour être heureuse ? Je t’engage à mettre le tien au pas dès les premiers jours. Les premiers jours décident de toute la vie. — Beaucoup de baisers.

Berthe.

« P.-S. — C’est égal, je regrette pour toi et pour tout Paris, la Madeleine et tout le grand tra-la-la des mariages célèbres. Mais tu me rappelles Bonaparte : il commença par Toulon. All right ! Et laisse Léon où il est, à Valence. »

Pendant que Marie lisait, dans sa chambre, cette lettre de Berthe, Paul recevait celle-ci, datée de Saïgon :

« Mon vieux frère,

« Je vais rentrer en France plus tôt que je ne pensais. Il serait trop long de t’expliquer pourquoi il m’est impossible de faire autrement. Je serai d’ailleurs bien heureux de vous revoir tous, et d’embrasser encore une fois ma vieille maman infirme. J’avais des projets d’études spéciales que j’abandonne avec chagrin. »

Suivait une longue dissertation sur l’avenir de la Cochinchine ; et la lettre s’achevait ainsi :

« Puisque je reviens en France, j’espère y arriver de façon à pouvoir assister à ton mariage. C’est Pauline qui m’en a dit la date probable. Sans elle, je ne saurais rien de toi. C’est pourtant facile d’écrire au courant de la plume tout ce qui passe par la tête. Ingrat, va !… N’importe, cher silencieux, je sais où dort en silence le trésor de ton amitié. Gardons-la, notre amitié, gardons-la bien, éternellement, même sans nous la dire. Tous les amours peuvent tromper, mais non pas celui-ci : la vieille affection de deux hommes au cœur droit. Je t’aime, vieux frère, et je suis à toi.

Albert. »

La petite Annette lisait une lettre de Pauline :