— Parce que c’est une idée de malade, ça. Ce goût du péril, dont vous parlez, c’est une monomanie, plus répandue qu’on ne croit.
— Vraiment ?
— Vraiment. Et c’est triste. Toutes ces idées bizarres, il ne faut pas trop en rire, je vous assure, parce qu’elles accusent la dégénérescence d’une race.
— C’est si grave que ça ?
— J’ai connu une jeune fille qui avait une passion : elle aimait un certain cheval, parce qu’il était dangereux ; j’ai connu un fort aimable jeune homme qui s’était fait mécanicien pour le plaisir de se dire, l’œil fixé sur les oscillations du manomètre, à bord de son yacht, où il invitait ses amis, qu’il pourrait à son gré sauter avec tout son monde, en forçant la pression, et il la forçait ; j’en connais un autre qui ne saurait dormir qu’avec de la dynamite dans les caves de son palais ; et je sais enfin une jeune femme, aussi jolie que vous…
— Qu’est-ce qu’elle fait de décadent, celle-là ? interrogea Berthe d’un air narquois.
— Je ne sais pas comment dire ça.
— Allez-y carrément !
— Eh bien, elle n’oublie volontiers ses devoirs que si elle a lieu de croire que son mari peut la surprendre, — autant dire la tuer.
— Bref, dit Berthe, le siècle, selon vous, chahute sur un volcan ?