— Un avocat, dit Gaspard, vous prendra beaucoup d’argent. Expliquez-moi votre affaire. J’ai appris à connaître les lois parce que je les voudrais changer.

— Et qu’êtes-vous donc ? dit la femme.

— Gaspard de Besse lui-même.

— Bou-Diou ! s’écria-t-elle sans montrer d’autre trouble qu’une surprise joyeuse. La Bonne Mère vous envoie ! Pour sûr que je vous consulterai ! Je le sais bien que vous êtes de bon conseil, et que souvent, de très loin, les gens viennent à vous, pour vous demander ça ou ça… Eh bien, donc, je vais vous expliquer. Ma fillette était fiancée, il y a peu de temps, avec un matelot de la marine du Roi, dans Toulon. Il faut vous dire qu’à Toulon je tiens un cabaret, rue de l’Arme à Dieu, mais en tout bien tout honneur.

— Et pourquoi, dit Gaspard, ne consultez-vous pas à Toulon ?

— Pour pas qu’on sache nos affaires, pardi !… Et puis, dans Aix, où j’ai des parents qui nous recevront, et où se trouve le Parlement, chacun sait qu’on a tout ce qui se fait de mieux en fait d’avocats.

— Oui, dit Gaspard, à Toulon on a le bagne ; à Aix, le Parlement…

— Pour lors, dit la cabaretière, le matelot, fiancé de ma Mïette, a, tout en un coup, rompu les accords. Il ne la veut plus. Et je voudrais, moi, savoir si, pour le tort qu’il fait à notre réputation, nous n’avons pas droit à quelque avantage, tel qu’une ronde somme d’argent qu’on le forcerait à nous payer ?

— Hum ! fit Gaspard, je dois, bonne mère, vous poser une question indiscrète… Mais, j’aperçois là-bas un rocher en forme de banc, au bord du chemin. Allons nous y asseoir un moment, on y causera plus à l’aise.

Et quand tous trois furent assis sur la roche, un peu au-dessus du bord de la route exhaussée en talus :