Comment ! n’était-il donc plus libre de cœur et d’esprit ? Tout caprice galant lui était-il interdit par une ombre ? Pauvre Louisette ! qu’arriverait-il de cette enfant ?… Mais, quoi ! ne pourrait-elle le servir sans en être si mal récompensée ? Serait-elle la première qui l’aurait ému de désir sans être mise à mal ?

Cette question réveilla en lui le souvenir d’une gentille aventure qui lui était arrivée naguère. Il en revit les moindres détails. Elle l’égaya tout un jour dans sa misérable geôle…

HISTOIRE D’UNE GORGERETTE.

… Il avait, un matin, rencontré une femme qui, à pied, s’en allait à-z-Aï (à Aix) avec sa fille, une mignonne de seize à dix-sept ans, un peu frêle, mais d’autant plus gracieuse.

— Eh, bonjour, bonne dame ! Où allez-vous comme ça, avec une si jolie fille ? et si bien attiffées toutes les deux ? Les chemins ne sont pas sûrs.

— Pas sûrs, les chemins ! dit la femme. Oh ! que si !… Gaspard de Besse rôde par là, et nous protégerait de « mauvais rencontre ». Il est doux au pauvre monde !

Gaspard fut charmé.

— Vous pouvez, en effet, dit-il compter sur lui. Il aime les pauvres gens. Mais tout cela ne me dit pas où vous allez ?

— A Aix, mon gentilhomme, consulter un avocat.

Gaspard n’aimait pas les avocats parce qu’indifféremment, disait-il, ils plaident pour ou contre l’innocent, ce qui, ainsi présenté, est une fausse conception de la profession d’avocat. La défense est une garantie de justice ; et il n’est pas vrai de dire que la culpabilité ou l’innocence n’émeuvent pas fort différemment les défenseurs.