— Calmez-vous, madame ; seyez-vous là, je vous prie ; vous reprendrez haleine, et me conterez ensuite l’accident qui me vaut à moi, indigne, l’aimable fortune d’avoir à vous secourir.

— M’asseoir ! y pensez-vous, monsieur ! Cachez-moi, avant tout ! que je ne sois pas exposée à revoir ces figures terribles !

— Et de quelles figures parlez-vous, juste ciel ?

— Mon carrosse, à trois cents pas d’ici, fut arrêté tout à l’heure par un grand coquin armé d’un mousqueton. Il força mon cocher à descendre de son siège, et se mit à le houspiller de la bonne manière. Mon laquais l’empoigne… et, pendant qu’ils s’assomment, j’aperçois, dans le mur de votre jardin, un portillon que, par bonheur, j’ouvris sans peine… Ah ! je meurs ! De grâce, cachez-moi, monsieur !… Ne puis-je entrer dans ce réduit ?

Elle regardait la gloriette.

— J’allais vous le conseiller, madame ! et je resterai devant la porte, l’épée à la main. Tout honnête homme doit protection aux femmes.

Elle était déjà dans la gloriette où l’Amour faisait passer le Temps, en attendant que le Temps fît passer l’Amour.

Tout de suite, Gaspard se sentit entouré par un essaim de pensées aimables, telles qu’abeilles sur rosier.

A peine la dame avait-elle, dans son grand trouble, refermé la porte, que le bruit d’un pas lourd, écrasant le gravier, força Gaspard à se retourner. Sanplan venait à lui ; il se porta vivement vers le fâcheux Sanplan ; et, sur un ton d’impatience :

— Qu’y a-t-il ? Que me veux-tu ?