Les habitants de la vieille petite cité feignaient d’ignorer les bandits ; du moins, ils ignoraient le secret de leur retraite, qu’ils devinaient voisine.

Dom Pablo, un matin, sur l’ordre de Gaspard, alla trouver le syndic de Solliès, celui-là même chez qui Gaspard et Sanplan avaient reçu l’hospitalité, un soir de Noël.

— Honorable syndic, j’ai une requête à vous présenter, au nom de deux hommes qui furent reçus chez vous, — un soir de Noël, — en qualité de Saint-Jean et de Saint-Pierre.

— Je n’ai pas oublié ces deux hôtes aimables, répliqua gracieusement le syndic ; et, venant de leur part, vous êtes le bienvenu.

— De leur part, reprit Pablo, et en souvenir de reconnaissance, j’ai à vous remettre, pour les pauvres de votre ville, cent écus — que voici.

— Que vos amis soient remerciés, dit le syndic, en prenant le sac rondelet que lui tendait Pablo.

— Dieu le leur rendra au centuple, croyez-le, fit malicieusement Pablo ; mais voici ma requête. Nous appartenons à une confrérie de pénitents toulonnais qui voudraient être admis à l’honneur de prendre part, dans trois jours, à votre procession de la Fête-Dieu… Ils apporteront leurs cierges…

La permission fut accordée, avec de nouveaux remercîments.

Pablo trouva moyen de se faire prêter une carriole — et se rendit à Toulon où il se procura sans peine cierges et cagoules.

Et le jour de la Fête-Dieu, en songeant, non sans regret, à la procession d’Aix qui avait failli leur être fatale, — les pénitents prétendus sortirent, un à un, des galeries souterraines.