— Sanplan, dit sévèrement Gaspard, ce n’est point le moment de jouer des comédies. Pablo n’est pas un prêtre.
— Aussi, n’est-ce point de notre aumônier que je veux parler, répliqua Sanplan, mais de notre évêque !… Il n’aura rien béni encore d’aussi charmant que ce mignon couple-là !
L’idée qui lui était suggérée ne parut pas tout de suite raisonnable à Gaspard. Avant de l’accepter, il la pesa en silence ; il examina les arguments qu’il pourrait présenter à ce prince de l’Église ; il prévit les résistances et les sévérités auxquelles il devrait répondre ; puis, prenant son parti :
— Au fait, dit-il en souriant, tu as raison, ami Sanplan ; laissons Thérèse et Bernard se parler d’amour… Je vais demander à l’évêque sa bénédiction pour les fiancés.
CHAPITRE XV
Gaspard invite un évêque à bénir les fiançailles de Thérèse et de Bernard.
Arrivé à la porte de la salle où l’évêque était enfermé, Gaspard congédia Sanplan d’un signe, et discrètement frappa.
— Entrez, dit le prélat.
La salle était vaste. Sur les quatre murs régnaient des corps de bibliothèque à moitié rongés par le feu. Sur les tablettes, çà et là, se voyaient encore ceux des ouvrages qu’on avait jugés trop maltraités pour être enlevés. Cimetière de livres, où des tas de cendres, que le vent avait poussés dans les recoins, avaient été des feuillets pleins de pensées… Un lustre de Venise, dont plusieurs branches étaient brisées, pendait du plafond, au centre de la pièce ; et les boiseries des fenêtres aux vitres déchiquetées encadraient un paysage de printemps fleuri, calme sous un ciel pur ; et, au-dessus de la large porte d’entrée, un grand Christ sur une croix, étendant ses bras noircis par le feu, donnait à la vaste salle un air de prétoire.
La voix calme du prélat avait dit : « Entrez ».