— Monseigneur, dit Gaspard souriant, je sais pourquoi, en l’an 1357 ou 58 de J.-C., le pape Innocent IV fit construire, autour d’Avignon, des murailles à créneaux qui sont aujourd’hui encore l’orgueil de cette cité ; vous ne pouvez l’ignorer : ce fut pour la défendre contre de simples brigands. Ces brigands, qui couraient le royaume, avaient juré qu’ils auraient de l’argent des Cardinaux[11] ou qu’ils leur « en feraient voir de dures », si bien que le pape dut en venir, bien malgré lui, et malgré ses remparts, à composer avec le chef de ces brigands, un certain Arnaud de Servole, dont je me réclame comme d’un ancêtre assez illustre. Innocent IV, sans se déshonorer, lui donna quarante mille écus… Je ne vous imposerai point pareille taxe, n’étant point un aussi vaillant capitaine qu’Arnaud ; et vous n’aurez point, Monseigneur, à faire un aussi grand sacrifice que ce pape… Je ne vous demande pas un trésor matériel, mais seulement une grâce…

[11] Froissard.

L’évêque se radoucit. Ce singulier bandit voulait peut-être se confesser ?… lui demander l’absolution !…

— Une grâce ?… Et… qui est de mon ministère, monsieur ?

— Assurément, Monseigneur ; je n’en saurais exiger d’autre.

— Exiger ? Oh !… Et de quoi s’agit-il ?

— J’ai ici un frère d’adoption, fiancé à la plus honnête des jeunes filles… J’ose vous demander de bénir leurs accordailles.

— Monsieur Gaspard, dit l’évêque avec un grand calme, j’ai lu Voltaire, j’ai lu Rousseau, et j’ai souri. Je ne suis donc pas, vous le voyez, un prêtre sans indulgence à l’erreur ; mais tout a sa limite, et je suis un bon chrétien, qui sait ce qu’il doit à sa dignité. Nous parlerons, si vous le voulez bien, de ma rançon.

— Vous refuseriez, à ces deux enfants qui l’implorent, votre bénédiction ?

Avec la plus nette énergie, le prêtre répondit :