— Oui, si elle m’est demandée par vous, l’homme du crime.

Gaspard se redressa :

— Et mon crime, selon vous, Monseigneur, quel est-il ?

— Rebelle aux lois.

Ainsi frappé, l’ami secret de Mme de Lizerolles retrouva toute son assurance. L’écolier de Lizerolles avait appris à mieux formuler des pensées naguère imprécises en lui. Il avait extrait de plus d’un livre et retenu des expressions, des formules complètes. Et, de ces livres, il avait pénétré tout le sens. Il mesurait toute l’importance de cette entrevue avec un personnage tel que l’évêque. Il avait toujours espéré qu’une occasion se présenterait de se révéler dans ses hauts projets à quelque puissant, capable de lui rendre témoignage. C’est pourquoi il répondit avec une certaine solennité :

— Malheur aux temps, Monseigneur, où les revendications des peuples ne peuvent se faire entendre que par la bouche des révoltés ! Malheur aux régnants qui sont sourds aux justes plaintes des peuples ! Si j’avais connu, pour faire entendre le gémissement des malheureux qui demandent justice, un autre appel qu’un cri de guerre, je l’aurais jeté ; mais sans doute le temps est loin encore dans l’avenir, où les peuples seront les ouvriers de leurs lois, et n’auront qu’à leur obéir avec fierté, puisqu’elles seront leurs propres commandements de justice ; temps heureux où ils auront en main le moyen d’approfondir les lois, pour les améliorer. C’est l’entêtement et la dureté de cœur des puissants qui crée la révolte des peuples. L’homme qui vous parle n’est point parmi les responsables, puisqu’il est parmi les victimes ! Compression et déni de justice amènent révolte fatale… Le Christ est venu au secours des petits, qu’oppriment les grands. La torture, inscrite dans les lois, est contraire aux commandements du Christ…

— Oh ! Oh ! dit le prélat impressionné.

Il se leva, comme pour on ne sait quel involontaire hommage, mouvement qu’il regretta aussitôt.

Et, feignant de s’être levé pour arranger un pli de sa robe, il se rassit en s’occupant de ce soin, et tout en disant :

— Je ne puis vous céler, monsieur, que je trouve à vos paroles quelque chose de touchant. Elles semblent indiquer que vous seriez mieux à votre place ailleurs que sur une grand’route. Ainsi donc, vous vous plaignez du siècle ? Eh ! monsieur, vous n’êtes pas le seul, ni à vous plaindre, ni… pardonnez-moi l’expression qui est trop juste… à mériter la corde… Les mauvais exemples, je l’avoue, viennent souvent de haut. Le siècle n’est pas très sage.