— Ma foi, monsieur Gaspard, l’histoire est bonne ! j’avais entendu parler de la galégeade de Provence. J’avoue que je ne comprenais pas bien la signification du mot ; mais la chose se fait très bien entendre d’elle-même ; et si j’étais le prince, et que vous fussiez condamné à mort — ce qui pourra bien vous arriver, — je n’hésiterais pas à signer votre grâce. Quand vous aurez noté que je ne puis en aucune façon vous empêcher d’entrer dans mon meilleur habit de voyage (il est tout neuf par parenthèse), j’ajouterai qu’en me sauvant du ridicule qui m’était promis, vous vous montrez fort honnête homme. Et je me sentirai assez disposé, si les circonstances me le permettent, à dire partout que mes agents, ayant été assez habiles pour éventer le complot formé contre moi, c’est grâce à eux que j’aurai évité la fausse Auberge des marins. Si enfin, un inconnu spirituel (je dirai spirituel) a su, en se faisant passer pour moi, rendre les conjurés victimes de leur propre complot, du moins ne saura-t-on jamais que je fus, de gaîté de cœur, pour quelque chose dans cette heureuse vengeance.
— Nous nous comprenons, dit Gaspard. Et c’est vous qui êtes, monsieur, le plus spirituel du monde.
— Et vous, monsieur, dit M. de Paulac, vous êtes bien le plus aimable et le plus séduisant des bandits de France.
Ils se saluèrent.
— Cette salle, monsieur de Paulac, est mise à votre disposition pour le temps de votre séjour, c’est-à-dire jusqu’au lendemain de la soirée de M. Marin. Votre secrétaire et votre majordome vont vous être rendus. Vous jouirez d’une liberté relative, sous bonne garde. Et croyez, je vous prie, qu’il y aura plus de sécurité pour vous à attendre ici la fin de notre petite comédie, qu’à tenter une fuite certainement vouée à l’insuccès. Je suis, monsieur, votre très humble et très dévoué serviteur.
M. de Paulac esquissa de nouveau un salut aimable ; et Gaspard quitta un homme à la fois confus, étonné, navré et enchanté d’être le prisonnier d’un bandit si galant homme.
Dans la valise de M. de Paulac, que Gaspard fit ouvrir, on trouva, avec ses habits de gala, les papiers qui l’accréditaient auprès du Parlement et du gouverneur de Provence. On trouva notamment un ordre signé du Roi, enjoignant à tous officiers et magistrats du royaume, de faciliter sa mission à M. le marquis de Paulac, chevalier de l’ordre du Saint-Esprit, — par tous les moyens en leur pouvoir.
Gaspard fit appeler M. de Paulac et lui emprunta ces papiers, en souriant.
— Soyez tranquille, monsieur, lui dit-il, ils vous seront fidèlement rendus ; et je ne m’en servirai que dans votre intérêt.