CHAPITRE XX
Où l’on verra M. Marin devenu président à deux mortiers, le mortier populaire étant l’ustensile sans lequel on ne saurait confectionner l’un des plats nationaux de Provence : l’aïoli.
M. le président Marin[15] organisait la comédie qu’il prétendait jouer aux dépens de M. de Paulac, simplement parce que plaisanter, gaber, était un besoin de sa nature. Son nom est resté dans les annales de la ville d’Aix-en-Provence, comme celui d’un roi de la galégeade.
[15] M. Marin descendait d’un aubergiste très renommé qui avait fait fortune « à l’aide de la casserole et du tourne-broche ». Le spirituel président ne s’en cachait pas ; et, un jour, dans un grand dîner de corps, il fit appeler le cuisinier et lui dit gaîment : « Tu travailles comme un Vatel ; continue, et je ferai de ton fils un président à mortier ! »
M. Marin, vers la fin du jour, dans son noble hôtel, aux vastes escaliers, aux vastes pièces, aux riches ameublements, se démenait, expliquait pour la dixième fois à ses amis, déjà déguisés, ce qu’il attendait d’eux.
— Toi, mon cher comte, tu seras un valet de la meilleure mine, et tu ne peux t’appeler que Frontin.
— Va pour Frontin.
— Vous, comtesse, vous serez, sous les atours d’une soubrette, la plus délicieuse de toutes les Martons ou des Lisettes, à votre choix.
— Va pour Lisette.