Marin se tourna vers son vieil ami, le marquis de Lescavène, homme petit et tout rond, et qui respirait avec quelque difficulté.

— Toi, marquis, avec ton asthme et ton ventre de Mirabeau-tonneau, tu seras mon suisse ; tu prendras une hallebarde ; va t’accoutrer.

— Mais !… souffla le vieux marquis.

— Quand tu bêlerais, je n’y changerais rien. Il faut que tout le monde s’accorde pour s’égayer. Ceux que cette comédie n’amuse pas s’amuseront à s’ennuyer, voilà tout. Va t’accoutrer.

— Mais !… bêla de nouveau le vieux marquis, ne puis-je jouer un autre rôle que celui de portier ?

— Sois portier quand ce Paulac entrera, et portier quand il sortira. C’est tout ce que l’on te demande. Le reste du temps… eh bien, au fait, sois le portier du salon d’honneur… mais tu redresseras ce torse affaissé et te tiendras rigide comme ta hallebarde ; va t’accoutrer.

Le vieux Lescavène, obéissant, disparut.

— Qui de vous, mes amis, reprit Marin, pourrait refuser un rôle dans cette farce innocente, quand moi-même, dépouillant toute dignité avec ma robe présidentielle, je ne serai ce soir que le maître de l’hôtellerie et mon propre cuisinier en chef, au service de mes nobles clients ? J’ai désormais deux mortiers, messieurs, celui de président et celui de cuisinier, — et de tous deux je m’honore ; j’entends que Vatel soit, pour ce soir, un de mes oncles ; messieurs, il avait une épée, ne l’oublions pas ; il en fit même un triste usage ; mais il est resté le martyr et le héros de l’art culinaire ! Gloire à lui !

De jeunes beautés, de jeunes seigneurs, nouveaux venus, demandèrent :

— Et nous, quels seront nos rôles ?