La marquise entra ; elle était loin de se douter qu’elle allait bientôt voir apparaître, chez le président, son séducteur du parc de Vaulabelle.

— Et ce fameux Paulac, que personne ne connaît, n’est-il pas encore là ? demanda-t-elle.

— Pas encore.

Elle riait, éblouissante de beauté et de diamants.

— Comment, dit-elle à Lisette, c’est vous, comtesse ! que vous êtes donc jolie, en soubrette ! — mais votre rôle ne comporte-t-il pas la nécessité d’être dans l’antichambre ?… et parfois un peu chiffonnée ?

— Quand M. de Paulac sera parmi nous, je ne me montrerai, et mon mari de même, qu’avec, entre les mains, quelque accessoire qui sera censé exiger ma présence ici, comme, par exemple, un plateau chargé de boissons rafraîchissantes.

Le comte, oubliant qu’il était un Frontin, s’avança vers la marquise, avec des ronds de jambe :

— Votre grâce et votre beauté, madame, ne le cèdent en rien à celles de cette fille d’atours. Vous êtes tout à fait délicieuse sans déguisement ; vous voici toute belle et séduisante au delà du possible, non pas en soubrette ni en déesse, mais simplement en vous-même. On ne saurait donc vous aimer, vous, que pour vous. Aucun travestissement n’ajouterait à vos charmes ; et rien ne saurait valoir mieux que vous, sinon vous seulement.

Ceci dit, il fit un dernier rond de jambe et pirouetta.

— Insolent laquais, à l’office ! dit la marquise en riant aux éclats, et lui donnant de son éventail sur les doigts.