Le laquais ne se démonta point. Il répliqua :

— Et ce bon vieux marquis, votre époux, comment se porte-t-il, marquise ? Il a dû, je m’en doute, rester au logis, ce soir ? Savez-vous que je suis de ceux qui bénissent ses accès de goutte ?

Ce disant, Frontin pinça le coude de la marquise, qui se contenta de le dénoncer à Lisette :

— Lisette, votre mari s’égare… Frontin, votre femme est avertie.

— Ma foi, je m’en moque ! dit Frontin.

Il pirouetta.

A ce moment, par les hautes fenêtres du balcon, un bruit monta de la rue ; et Marin, entrant, prévint ses invités :

— Je crois bien que voici M. de Paulac. A vos rôles, messieurs ; à vos rôles, mesdames. Rappelez-vous jusqu’aux détails les précisions que je vous ai données…

Marin-Vatel s’était affublé d’un costume de chef cuisinier, mais somptueux, et qui le faisait ressembler un peu au Pulcinella de Naples, lequel est habillé de blanc, et ventru sans être bossu. Il portait un pantalon de pure soie blanche ; une sorte de camisole de même étoffe, prise dans un ceinturon blanc en peau de chamois ; il avait une épée à poignée de nacre, dont le fourreau avait été recouvert de satin blanc. Ce costume eût été le plus gracieux du monde sur un homme svelte ; mais, sous tant de souplesse et de blancheur qui éveillaient des idées de grâce légère, — le ventre pesant, imposant, de Marin, semblait s’isoler, devenait irrésistiblement plus balourd et plus comique, était tout le personnage.

— Vous êtes beau, Marin !