— J’y ai pris peine, messieurs. J’entends représenter une sorte de maître-d’hôtel gentilhomme, ami de la fantaisie, passionné pour l’art de Vatel, et qui, un peu maniaque et plaisantin, serait chef de cuisine comme un amiral est chef d’escadre, sans toucher de ses mains au timon ni au goudron !

— Vous êtes magnifique !

Tout en écoutant ces propos, les prétendus clients de l’Hôtel des marins s’étaient, pour la plupart, assis autour des tables et s’étaient mis à jouer au tric-trac ou aux échecs. D’autres causaient dans les embrasures des fenêtres, ou prenaient l’air sur le balcon.

Frontin revint, d’un air affairé ; et s’adressant à Marin :

— Monsieur, dit-il… et s’arrêta court.

— A la bonne heure ! N’allez pas vous oublier jusqu’à prononcer mon nom !…

— Monsieur, deux cavaliers, qui viennent de frapper à votre porte, ne sont autres que l’intendant et le jeune secrétaire de M. de Paulac ; ils désirent vous parler, et tout d’abord demandent si vous avez bien reçu par poste les ordres de leur maître ?

— Il faut, dit Marin, que mes invités aient la joie des propos que je vais échanger avec ces messieurs. Frontin, introduis-les jusqu’ici… Puisque, par notre volonté, ils se croient dans une auberge, sois obséquieux.

L’intendant de M. de Paulac — c’est-à-dire Sanplan — et le secrétaire de M. de Paulac — c’est-à-dire Bernard, — firent leur entrée d’un air important, sans gêne, comme des mal-appris envahissant quelque vulgaire auberge. Ils s’attachaient même à forcer le ton de ces parvenus qui, sous prétexte qu’ils sont dans une maison ouverte au public, n’ont aucun égard pour les commodités des autres voyageurs installés dans la maison avant eux, et les dérangent de leurs cris, de leurs gestes, à toute heure du jour et de la nuit.

Sanplan avait pris son visage le plus renfrogné. D’énormes moustaches, qui semblaient lui sortir du nez, barraient ses joues.