— Le terrible intendant ! murmura La Trébourine à l’oreille de Leteur ; au coin d’un bois, j’en aurais peur.

— Rassurez-vous ; n’oubliez pas que ce sont là des policiers, répondit Leteur, également à voix basse.

Frontin, cherchant une contenance, feignait d’arranger des verres sur un plateau.

Sanplan, le faux majordome, en faisant pst ! pour attirer l’attention du faux Frontin, l’appela d’un signe du doigt. Et, Frontin ayant obéi :

— Qu’on donne un quadruple picotin à nos bêtes, commanda-t-il…, j’ai oublié de faire en bas cette recommandation. Va vite… Mais, dis-moi d’abord où est le patron ?

— Le voici, monsieur, qui vous a vus et vient à vous.

Le faux majordome, se retournant alors vers Marin, et feignant une inimitable surprise, s’écria, en reculant d’un pas :

— Mort de ma vie, monsieur ! Je ne m’attendais pas à voir en vous un si gros homme ! J’en suis ravi d’ailleurs ; et je pense que, dès lors, tout ira pour le mieux, attendu que l’on peut compter sur des festins où rien ne manque, dans une hôtellerie dont le maître-queux a pu prendre un embonpoint si prodigieux qu’il en est prodigieusement burlesque !

Heureux de gaber ainsi le président du Parlement, Sanplan appuya sa galégeade d’une maîtresse tape sur le ventre de Marin, président, à double mortier, du Parlement d’Aix.

Les invités entouraient curieusement les deux protagonistes ; ils attendaient Marin à la réplique.