— Allons, venez ; que je vous arrange ; c’est bien pour vous que je les laisse à ce prix-là.
— … Non !… Mais regardez-moi cette madame !… Ça porte le sautoir, et ça marchande pour une dardenne ! Vous n’avez pas crainte, qué ?…
— A cinq sous la douzaine, les belles oranges !…
— Allons, beau calignaire, prenez-moi ces roses pour la « drôle » qui vous agrade.
— Bonjour, Louisette ! tu ne me prends rien aujourd’hui.
A travers ces cris, ces murmures, ces fruits et ces fleurs, circulent les ménagères aux fichus roses, bleus ou écarlates. Et c’est au milieu de ces papotages, et de cet éblouissement de couleurs vivantes, que tout à coup surgit, souriant, bedonnant, assis, à la façon des femmes, entre deux larges ensarris vides, sur un âne à mine éveillée, un moine inconnu, au bon visage émerveillé et vermillonné.
Il s’arrêta au beau milieu de la place ; et tous les regards ne tardèrent pas à se tourner vers lui. C’est ce qu’il attendait.
— Qui c’est, celui-là ? Qu’est-ce qu’il veut ? Vous le connaissez ?
— Non !
Dom Pablo, de sa voix éclatante, entonna alors un refrain improvisé :