Et tirant à part le plus proche de lui :
— Monsieur, lui dit-il en l’appelant par son nom, j’ai le regret de vous adresser un grave reproche. Nous n’ignorons pas que votre femme, lorsqu’elle sait qu’un de vos plaignants est un homme marié, s’arrange, en attendant que le procès de ce mari soit jugé, pour attirer sa femme ou sa fille dans votre maison. Là, elle met en main de la fille ou de l’épouse une quenouille qu’elle lui fait filer pendant des semaines. Cela, à la longue, vous fait de beau et bon linge ; le peuple se raconte cela et en murmure. Ne vous défendez pas, vous mentiriez. Vous compromettez la dignité du Parlement, monsieur, et vous justifiez ainsi la révolte d’un Gaspard de Besse. Pas un mot. Allez.
Il prit, de même, à part, un deuxième magistrat :
— Monsieur, vous aimez le gibier. Quand un paysan a un procès en cours, vous lui donnez à entendre que vous êtes friand de lièvres et perdrix, fussent-ils pris au lacet sur les terres de vos confrères. Vous vous arrogez ainsi le pouvoir de donner aux roturiers le droit de chasse et de vol. Il faut que cela change. Vous compromettez la justice, la dignité du Parlement, et vous justifiez ainsi la révolte d’un Gaspard de Besse. Allez, allez, monsieur. Vous n’avez rien à dire…
Il fit, sur ce ton, à quatre ou cinq parlementaires, des remontrances confidentielles, et dit aux autres, d’une voix haute :
— Vous messieurs, je n’ai que des éloges à vous faire de la part de Sa Majesté. Si elle n’avait, comme parlementaires, que des hommes intègres, tels que vous, un Gaspard de Besse ne se dresserait point contre le Parlement, avec l’approbation du peuple.
Les magistrats étaient confondus. Marin riait sous cape.
— Je regrette, messieurs, continua Gaspard, que votre président M. Marin ne soit pas parmi vous. Sans doute le verrai-je demain ; mais j’aurais eu plaisir à lui adresser, ici, ce soir, quelques compliments, comme à vous.
Leteur et La Trébourine se rapprochèrent du groupe. Marin parlait ; il disait au pseudo-Paulac :
— Le président Marin m’honore de son amitié, monsieur…