Gaspard l’interrompit :

— Messieurs, je ne suis pas seulement l’envoyé de M. le lieutenant de police. S. M. le roi de France en personne m’ayant fait l’honneur de m’entretenir de ses volontés à votre sujet, m’a confié une mission spéciale, concernant le Parlement d’Aix. C’est ce qui m’oblige à vous parler comme je le fais. Je vous dirai donc que M. le président Marin est un homme de beaucoup d’esprit, et judicieux autant que juste. Cela fait qu’il mène, contre son propre Parlement, une campagne d’épigrammes et de bons mots dont on ne peut s’empêcher de louer l’inspiration ; cependant, le fait est fâcheux en un sens, parce que ces épigrammes, tombées de si haut, sont ramassées par le peuple qui en fait des gorges chaudes ; et nous savons que la troupe de Gaspard de Besse se sert de ces étincelles d’esprit pour aviver le feu des rancunes et des mécontentements populaires. Personnellement j’applaudis aux sarcasmes du président Marin. Comme grand officier de la police, je les déplore, car il faut savoir, en certains cas, ne pas avoir trop raison.

Il conclut :

— Tâchez, Messieurs, de ne plus mériter à l’avenir ni le fouet satirique de votre président, ni la menace vengeresse d’un Gaspard. Vous avez eu longtemps le droit de présenter au roi vos remontrances. Je vous ai apporté ici les remontrances du roi ; ce sont celles du peuple.

Les magistrats, avec ensemble, s’inclinèrent. Jamais Gaspard n’avait si fièrement senti sa force, sa propre royauté, éphémère, mais grosse d’avenir.

A ce moment, il aperçut, parmi des visages nouveaux-venus, le fin profil de Mme de Lizerolles.

Elle trouva le moyen de lui dire, à voix basse, en passant près de lui et sans avoir l’air de le connaître :

— Cela est bien, je suis contente, monsieur de Paulac.

Ce fut là une grande minute pour Gaspard de Besse.

Cocarel entraînait, hors des salons, Marin qu’il avait pris par le bras.