— Je vois ce que c’est, dit Marin. Le Parlement, contre mes conseils et malgré mes efforts, a étouffé l’affaire du meurtre de Teisseire, dont Séraphin Cocarel est (nous le savons tous) l’auteur principal. Ledit Séraphin, — prenant Gaspard pour vous, Paulac, — aura tenté de vous séduire et corrompre. Il y est parvenu sans peine. Gaspard, qui veut sa tête, lui prend d’abord sa bourse ; et, dit-on, ce n’est pas la première fois ! Quel argument nouveau, payé par Cocarel, s’est acquis, contre Cocarel, cet invincible Gaspard ! Tout cela est, il faut l’avouer, d’une habileté politique vraiment consommée, admirable.

— Étourdissante ! dit Paulac en riant ; mais vos vingt mille livres ?

— Pardieu ! Cocarel a trop besoin de ma discrétion pour ne pas me les rendre… mais je vous conseille amicalement, monsieur, de ne pas faire de cette aventure le sujet d’un rapport trop exact à Sa Majesté le roi, ni à Son Excellence le lieutenant général de police. L’histoire est trop compliquée… Vous n’en sortiriez jamais… ni moi non plus !

— Vous avez raison… mais, sur cette « affaire Cocarel » dont le seigneur Gaspard, ce matin encore, m’a fait un récit détaillé, en me priant d’en parler à Sa Majesté, quelle est votre opinion, monsieur le président ?…

— Eh ! répliqua Marin, mon opinion, à ce sujet, ne peut être que celle de la justice…

— Ah ?

— Celle de la justice ; je veux dire celle de Gaspard.

— Diable ! s’écria Paulac stupéfait ; n’ai-je donc plus qu’à recommander le bandit bienveillant à la bienveillance du Roi !

— Mon avis bien net, dit Marin, est que, ce faisant, vous ne serez que juste.

CHAPITRE XXIV