— La pensée de la mort, répliqua Pablo, doit nous être à toute heure présente, parce qu’elle nous invite à jouir mieux de la vie. C’est d’ailleurs tout à la fin de la vie, remarquez-le, que la Providence a placé la mort, afin de nous donner le temps de nous y préparer.
A cela non plus, il n’y avait rien à dire, et Castagne parla d’autre chose.
— Ainsi, dit-il, vous vous chargez, saint homme, de nous faire vous-même un civet ?
— Dans cette vallée de larmes, répliqua Pablo, rien pour moi n’est facile comme de faire un civet ; mais, aujourd’hui, il y faut deux conditions : la première est d’avoir le lièvre et le voici…
— Et la seconde ?
— La seconde dépend de vous d’abord et de moi ensuite ; et c’est que j’aie, avant de remplir ma fonction de cuisinier, l’assurance que vous me donnerez le moyen d’accomplir mon devoir de confesseur… Où sont vos prisonniers ?
— Je n’en ai qu’un, — je vous l’ai déjà dit. Et vous le confesserez.
— Ah ! vous n’en avez qu’un ? Tant mieux, car ainsi nous ne serons que trois contre mon civet !
Le rusé Pablo feignait d’ignorer l’existence de Louisette.
— Avec votre permission, bon moine, nous serons quatre : j’ai une fille qui nous servira ; et, quant à mon prisonnier, on lui offrira (et, bien entendu, ce sera dans sa cellule), on lui offrira par exemple la tête du lièvre.