Gaspard remarqua que dom Pablo se signait furtivement et que ses lèvres remuaient comme pour une prière.
Sanplan, en présence de tout ce cérémonial, se sentit ému :
— Sacré Gaspard ! murmura-t-il.
— Nous honorons la loyauté partout, dit Gaspard. Reprenez vos sièges, messieurs…
Les parlementaires obéirent.
— L’avocat Jean Lecor, qui présentera tout à l’heure votre défense, a été chargé par nous de plaider d’abord pour l’accusé Séraphin Cocarel ; ensuite, le Parlement aura à s’expliquer lui-même ; mais, avant tout, reconnaissez-vous, — oui ou non, messieurs, — que, tel jour, à telle heure, Séraphin Cocarel, ayant organisé une parodie de jugement, fit pendre réellement le paysan Teisseire ?
— Que servirait de nier un fait qui est aujourd’hui de notoriété publique ? dit Marin nettement.
— Avocat, prononça Gaspard, vous avez la parole sur l’affaire Cocarel.
Lecor se leva, fit quelques effets de manche, et parla comme il suit :
— Par une belle nuit d’été, aux environs d’Aix, des jeunes gens, fils et neveux de parlementaires, reviennent d’une partie de campagne. Des valets, porteurs de flambeaux, précèdent leur marche chancelante, car ils sont ivres à moitié. Des femmes, jeunes, des femmes de qualité, mais un peu troublées par les fumées d’un repas arrosé de vins généreux, font partie de la troupe joyeuse…