— Instruisez-vous, messieurs, dit Marin, se tournant, gouailleur, vers ses confrères.

Cette apostrophe de Marin à ses collègues provoqua un tumulte. De hauts cris s’élevèrent parmi des murmures. Ce fut un brouhaha de révolte. Marin riait toujours :

— Monsieur Gaspard, dit-il, nous vous écouterons jusqu’au bout. La patience est une vertu de notre profession.

— Et si vos collègues l’oubliaient, répliqua Gaspard, nous sommes gens à la leur rappeler énergiquement.

Il désignait du doigt les bandits rangés derrière lui, escopette au poing.

Le silence se rétablit.

Le marquis des Saquettes, incapable de se contenir plus longtemps, cria :

— C’est assez ! assez de palinodies, de déclamations. C’est assez de phrases ! Je ne suis pas chargé, moi, Parlement, de discuter les lois établies, mais seulement de les appliquer.

— Soit, répliqua Gaspard ; mais vous vous gardez bien de les appliquer, quand vous les redoutez pour vos fils. Les cruautés de vos lois vieillies sont bonnes seulement pour nous, petites gens… Eh bien, nous voici enfin dressés contre vous, — en justiciers, pour venger l’assassinat de Teisseire, dont vous êtes responsables, car jamais vos fils et neveux, qui ont pendu ce malheureux, ne seraient allés, même étant ivres, au bout de leur criminelle folie, s’ils n’avaient pas eu en habitude de considérer la puissance des Parlements comme intangible et le Parlement comme au-dessus des lois qu’il a la charge de faire respecter ; et c’est pourquoi, aujourd’hui, les justiciers, c’est nous.

Des Saquettes se leva pour une cinglante réplique qu’il prononça comme un arrêt :